Visite guidée du Camp de Gurs : un devoir de mémoire
À peine 29 km séparent le Camp de Gurs de Saint-Palais, mais aujourd’hui, presque 80 ans après sa fermeture, chacun de nous peut se demander s’il est toujours utile ou indispensable de se souvenir de son histoire tragique, d’entretenir sa mémoire et de connaître son actualité.
Rappelons-nous que 60 000 personnes au total y furent emprisonnées dans des conditions inhumaines par la police française de Pétain qui collaborait activement avec les armées du dictateur Hitler. Les premiers internés furent des républicains antifranquistes, des combattants basques, puis plus tard des tziganes, des résistants français et d’autres dizaines de milliers de juifs, bébés, enfants, hommes et femmes…
Plus de mille de ces détenus sont morts au Camp de Gurs de mauvais traitements, de maladie et de désespoir. Près de 4000 autres, dont une grande majorité de familles juives, ont été déportés dans une violence extrême, puis exterminés dans les camps de la mort allemands.
De toute évidence, l’histoire du Camp de Gurs concerne tous les Humains et peut éclairer, aujourd’hui même, notre avenir commun de diverses manières ! Nous avons finalement compris, comme l’affirme le remarquable historien Patrick Boucheron, que « l’Histoire, c’est l’art de se souvenir de ce dont sont capables les Humains ». Les temps que nous vivons actuellement en Europe nous rendent ce constat particulièrement urgent.

🏛️ L’histoire de Saint-Palais et du Camp de Gurs
Alors, rappelons-nous de cette période : à peine sur les hauteurs de Saint-Palais, passait la ligne de démarcation entre la France « libre » et occupée, sévèrement gardée par l’armée allemande. Comme le raconte en détail le beau livre « Frères Humains » de Jean-Pierre Gaubert aux éditions Loubatières, avons-nous oublié qu’un très jeune Saint-Palaisien, Pierre Inchauspé fut arrêté par la gestapo nazie le dimanche 5 juin 1943, dans sa maison familiale, rue de la Bidouze, pour avoir passé clandestinement des familles juives en Espagne.
Il fut déporté avec René Ollier et Pierre Beloscar, entassés dans des wagons plombés jusqu’au camp de Buchenwald empesté des fumées noires des crématoriums où se consumaient les cadavres des suppliciés. Pierre, tatoué sur son bras du matricule 20359 vécut, comme les autres, une captivité terrifiante dont il ressortit vivant longtemps après, avec tous les honneurs dus au résistant extrêmement courageux qu’il fut. Rappelons-nous aussi son frère Édouard envoyé de force au STO en Allemagne comme beaucoup…
Ils furent alors nombreux les jeunes habitants de notre petit pays de Basse-Navarre, parmi lesquels Jean-Pierre Castaing, Ambroise Duhau, Jean Hausseguy, Sauveur Narbaits et tant d’autres, à lutter au risque de leurs vies contre le nazisme, comme le montre la photo, recueillie par Jean-Pierre Gaubert, d’au moins 45 survivants, prisonniers, déportés, STO réunis le 30 septembre 1945 à Saint-Palais à l’Hôtel de France.
Il est également impossible d’oublier les jeunes hommes qui firent la guerre contre l’Allemagne nazie, les soldats prisonniers de guerre détenus très longtemps en Allemagne comme, entre autres, Jean Urruty, le futur grand champion de pelote ou Alexandre Loustaudaudine et en particulier, ceux qui ont rejoint le général De Gaulle à Londres et s’engagèrent par exemple dans la deuxième DB du Général Leclerc et libérèrent la France. Mais encore, il suffit de lire les noms des morts de la deuxième guerre mondiale gravés sur le monument aux morts de Saint-Palais, pour se rendre compte de leurs sacrifices et s’incliner devant leurs mémoires, nous qui avons vécu, grâce à tous, dans la paix depuis tant d’années.
⚠️ Un phare pour nos consciences
Oui, l’histoire du Camp de Gurs traverse aussi dramatiquement celle de notre petite ville et des villages alentours et nous concerne plus que nous le croyons. D’une certaine manière, elle peut nous alerter sur de graves conséquences pour notre avenir commun quand renaissent aujourd’hui les tensions de guerres en Europe et un antisémitisme de plus en plus affirmé et exécrable.
Nous ne pouvons pas laisser toute cette histoire tragique dans un oubli éternel favorisant tous les recommencements et tous les renoncements possibles, car, comme l’écrit Robert Badinter :
📍 Comment participer à cette visite
Nul besoin d’inscription ! La voiture remplie d’amis, il suffit de se rendre sur le site du Camp de Gurs, au bâtiment d’accueil, pour 10h.
- Début de la visite : 10h30 précises
- Durée : jusqu’à 12h environ
- Tarif : Gratuit et ouvert à tous
- Météo : La visite se déroulera même en cas de pluie fine ou intermittente. Prévoyez de quoi vous protéger !
- Participation libre : Ceux qui veulent et peuvent pourront participer librement aux frais d’organisation
Au programme :
- Déambulation organisée dans le camp selon un circuit préparé
- Claude Laharie, historien et membre de l’Amicale de Gurs, évoquera le passé et l’avenir du Camp de Gurs
- Le chœur au féminin « Le chant autrement », Innovoix sous la direction de Sabine Régnier, chantera en honneur et mémoire des morts, emprisonnés et déportés mais aussi en espoir pour notre Humanité
Ceux qui visitent le Camp de Gurs ne s’affaiblissent pas, mais bien au contraire se renforcent en donnant un sens élevé à leurs vies et à notre histoire commune.