Du Jeu de Paume au Jus de Pomme
Quand le patrimoine basque se déguste autant qu’il se joue !

Par tradition, les Basques tapent dans la balle… et pressent la pomme ! Plongée dans deux passions qui font battre le cœur de notre territoire.
De la paume royale à la pelote du berger
Saviez-vous que nos frontons descendent en ligne directe des châteaux de France ? Au Moyen Âge, pendant que Louis X le Hutin mourait d’épuisement après une partie (premier décès sportif royal !), nos bergers basques s’amusaient déjà au bota luze sur les estives. Le jeu de paume, c’était le sport national : on tapait à main nue, en face à face, séparés par une simple raie au sol.
Mais voilà qu’au XVIIIe siècle, l’invention du caoutchouc change la donne. La pelote rebondit tellement fort qu’on a l’idée géniale de la lancer contre un mur ! Le jeu devient « indirect » : exit le face-à-face, bonjour le fronton. Et les Basques, inventifs comme toujours, ne s’arrêtent pas là. Un paysan relance la balle avec son panier en osier lors d’un match ? Hop, la chistera est née à Saint-Pée-sur-Nivelle ! Un jeune berger à la main fragile utilise une omoplate de brebis ? La pala débarque !
Résultat : 21 spécialités différentes, du joko garbi au rebot, pratiquées dans plus de 30 pays. Même la Bolivie et les Philippines jouent à la pelote !
Le sagarnoa, trésor liquide du Pays Basque
Pendant ce temps, dans nos vergers, autre tradition séculaire : le cidre basque. Ou plutôt le sagarnoa, le « vin de pomme » qui n’a rien à voir avec son cousin normand ! Grâce au microclimat basque, nos ancêtres fabriquent cette boisson depuis l’Antiquité.
La légende (à prendre avec des pincettes !) raconte même que ce sont les marins basques qui l’auraient fait découvrir aux Bretons et Normands lors de leurs expéditions. Une chose est sûre : le sagarnoa, riche en vitamine C, sauvait nos navigateurs du scorbut.
Avec plus de 80 variétés de pommes anciennes recensées – mandaburua, errezila, anixa – nos producteurs d’aujourd’hui perpétuent ce savoir-faire. Des pommes récoltées d’août à octobre, pressées artisanalement, une double fermentation de cinq mois… et txotx ! Le cidre est prêt.
Txotx (prononcé « Tchotch ») !
Car le sagarnoa se vit autant qu’il se boit. En cidrerie, quand résonne le cri « Txotx ! », on se rue vers les tonneaux. La technique ? Verre incliné, fond du verre seulement, cul-sec immédiat. Entre l’omelette à la morue et la txulet grillée, le cidre coule à flots dans une ambiance de grande tablée conviviale.
Renaissance d’un patrimoine vivant
Aujourd’hui, malgré un déclin au XXe siècle (Louis XIV préférait le billard, l’ingrat !), pelote et cidre connaissent un bel essor. Les championnats du monde de pelote existent depuis 1952, et nos producteurs passionnés relancent les vergers abandonnés.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez un fronton ou un pommier, pensez-y : vous êtes face à des siècles d’histoire, d’ingéniosité basque et de convivialité. De quoi lever son verre… avant de taper dans la balle !
À découvrir
les trinquets de la région, les cidreries traditionnelles, et bien sûr, votre prochain match de pelote au village. Txotx !
AlainH