Le Chaudron de Novembre : Recettes en vers de Basse-Navarre

Le Chaudron de Novembre : Recettes en vers de Basse-Navarre

Quand novembre drape les montagnes de brume dorée,

Que les palombes traversent le ciel en escadrilles serrées,

Nos grand-mères sortent les marmites de fonte noircie

Pour célébrer la saison, ce temps de mélancolie.

Dans la cuisine aux poutres sombres embaumées,

Le salmis de palombe commence à mijoter,

Vin rouge d’Irouléguy, oignons confits à l’ancienne,

La chair tendre se détache, promise aux veillées.

Sous les châtaigniers centenaires aux bogues ouvertes,

Les paniers se remplissent de trésors à découvert,

Tandis qu’en forêt, le chasseur ramène sa prise :

Lièvre ou sanglier pour le civet que l’on devise.

Le sang liera la sauce, secret transmis sans livre,

Marinade au thym sauvage, à la baie qui enivre,

Cuisson longue au coin du feu, patience des aïeules,

Recette murmurée de bouche en bouche, seule.

La garbure bouillonne dans le chaudron de cuivre,

Choux du potager, haricots blancs qui nous délivrent,

Confit de canard plongé dans le bouillon fumant,

Soupe épaisse qui nourrit le corps et l’entendement.

Aux premières gelées, on cueille les derniers coings,

Pour la confiture dorée, trésor du coin,

Longue cuisson au miel, parfum qui embaume la maison,

Conserve précieuse pour traverser la froide saison.

Dans les sous-bois humides où règne le silence,

Poussent les cèpes royaux, les girolles d’abondance,

Revenus à l’ail avec persil du jardin,

En omelette onctueuse ou piperade du matin.

Les haricots rouges du pays, fierté locale,

Mijotent à la graisse d’oie, tradition ancestrale,

Ventrèche et oignons fondus dans la cocotte,

Plat robuste qui réchauffe quand le vent sanglote.

Sur les façades blanches, les tresses colorées,

Piments d’Espelette en guirlandes arrangées,

Séchant au vent d’automne, au soleil déclinant,

Épice rouge qui parfumera l’hiver suivant.

La courge musquée rôtit dans sa robe orangée,

Graisse de canard, thym des collines embrasées,

Tandis que les noix fraîches, tombées du grand noyer,

Deviennent gâteau dense, au goût du temps passé.

Et quand la nuit descend sur les vallons tranquilles,

Que la lune éclaire les toits de tuiles,

Monte de chaque ferme un parfum de mémoire,

Cuisine de nos grand-mères, vivante dans l’histoire.

Recettes sans écriture, transmises à voix basse,

De mère en fille, de main en main qui passe,

L’automne en Basse-Navarre est un livre ouvert,

Où chaque plat raconte un chapitre d’hier.

Aux grand-mères basques qui gardèrent vivante

La sagesse des saisons et la table abondante

AlainH

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